mercredi 18 avril 2012

rendez-vous avec Irene


La rue du village est bordée de cahutes de planches au toit de tôles, collées les unes aux autres. Nous allons chez Irene. Nous toquons à la porte… « Karibu ! »Nous entrons. Irene nous accueille avec un large sourire, et toujours cette dignité qui émane de sa personne. Bien que ses jambes ne « marchent pas » et son dos sinueux, dans la façon qu’elle a de me tendre la main, je sens tellement de présence et de délicatesse, et son regard… droit et sûr.

Ses parents n’ont pas su l’accueillir enfant avec son handicap et je comprends qu’elle a beaucoup souffert même si elle en parle avec discrétion et miséricorde. Une âme généreuse lui a sauvé la vie en la sortant de l’isolement dans lequel elle était maintenu en lui donnant la possibilité de rejoindre les autres enfants à l’école qui, en revanche, lui ont témoigné tellement d’amour. Après avoir terminé des études de secrétariat, elle n’a pas trouvé de travail. Elle a vendu quelques temps du charbon de bois sur le bord de la route à Molo, la petite ville du coin, mais ce n’étais pas suffisant pour pouvoir payer un loyer en ville. Ca fait quatre mois maintenant qu’elle est venue s’installer à Mau Summit, et c’est tout juste si elle peut entrer avec son fauteuil par la porte de la cabane qui lui sert d’habitation. 10 m2 tout au plus pour elle et Flavian, son tout jeune bébé d’un mois. Le mari est parti lorsque l’enfant s’est annonce. Elle ne blâme pas, pas d’amertume en elle mais la reconnaissance et la joie pour ce don de Dieu, ce don de Vie !

Chaque jour me semble être pour elle à la fois un défi et un miracle. Autour d’elle, des enfants sont là qui l’aident, par amour. Cet amour qui rayonne de sa personne et qui, j’imagine, la porte dans sa vie, elle et ceux et celles qui osent approcher cette femme si différente, cette femme qu’on pourrait croire, sans la connaître, marquée du sceau du malheur.

Une jeune fille vient souvent prendre soin de Flavian. Cette jeune fille, d’une douzaine d’années peut-être, je ne connais pas son nom. Elle parle à peine et son regard est comme perdu, de même que son sourire. C’est vrai que les enfants ici sont très avenants, communicatifs, expriment facilement la joie, même si pour nous, selon nôtre standard de vie, il leur manque tout. C’est vrai aussi, et ils ne sont pas si rares, ceux qui me semblent brisés, ternis dans leur être, accablés par le malheur. Ce malheur, c’est notamment les clashs inter-tribaux qui ressurgissent à chaque période électorale : du bétail volé, des maisons brûlées, des personnes blessées voire tuées et d’autres qui s’enfuient en laissant tout, les familles qui s’éparpillent, et l’incompréhension…l’ami, le voisin, l’ancien camarade de classe qui soudain devient « l’ennemis ».Ce malheur c’est le SIDA. Une femme, Frida, mère de cinq enfants en bas âges, abandonnée par son mari, est morte cette semaine. Le malheur c’est cette croyance que la vie est une lutte où le choix de la réussite pour les plus forts l’emporte sur la compassion, la fraternité et le partage. Ce malheur ce sont les chiens laissés nuit et jour à la chaine qui n’ont où s’abriter sous la pluie battante et qui chaque soirs jappent en espérant quelques miettes tombées de la table du maître.

Qui est-il ce maître dont nous avons peur ? Qui est-il ce maître auquel nous obéissons sans trop poser de question, en nous fondant dans le confort d’être comme tout le monde, de ne pas « faire de vagues » au risque d’être montré du doigt ou inquiétés ?

Au milieu de tout ce malheur, Irene chante. Non pas pour oublier, non pas pour s’occuper, mais parce qu’elle a trouvé, malgré tout, ou, paradoxalement, grâce à tout, ce lieu secret au fond d’elle-même, cette demeure de grâce, où elle se sait aimée.



Nous sommes maintenant à l'université de Kabarak près de Nakuru ou
va se tenir à partir de mardi et pour une semaine la conférence
mondiale des Quakers durant laquelle nous allons servir de
traducteurs. Nous avons passé un mois chez une famille dans la campagne
dans la Vallée du rift. Ca nous a donné l'opportunité de découvrir la
vie rurale ici, dans une vallée fertile, mais où il y a cependant des
tensions inter-ethniques qui se cristallisent en actes de violence à
chaque période d'élections. Nombre de familles ont perdu leurs
animaux, leur maison, leur terre, ou des proches, et vivent au jour le
jour dans des conditions très précaires. Certains certaines s'engagent
pour la paix dans un processus de réconciliation avec le soutien
d'aides extérieures, principalement internationale avec une forte
présence américaine. J'espère qu'ils pourront peu à peu trouver la
ressource en eux-mêmes et leur autonomie. Tout le monde ici, à la
campagne, cultive la terre, ne serais-ce qu'un bout de jardin, même
ceux qui ont un emploi ou des revenus par ailleurs. Après la période
de sec de ses mois derniers, tout le monde s'affaire maintenant dans
les champs avec le retour de la pluie. Le travail se fait à la main
avec la houe et sème le maïs, souvent en association avec les
haricots. Le maïs, qui est ensuite récolte, sèche, stocke est la base
de l'alimentation ici avec les femmes qui chaque soir préparent
l'ougali, une sorte de polenta très ferme, dans un grand chaudron sur
le feu de bois pour toute la famille.
Il y a beaucoup d'enfants pour qui c'est la première fois de voir des
occidentaux. Ils sont souvent partages entre l'excitation, le désir de
nous découvrir, et la peur de l'inconnu. Alors souvent ils nous
appellent "muzungu! muzungu!" ("européen!) puis à notre approche
s'enfuient par les chemins en riant. Pour certains, c'est une aventure
que de nous serrer la main.






lundi 12 mars 2012

Derniers jours

   Nous sommes a "Hide Out" une ferme-auberge dans la region de Mumbai, du cote Ouest de l'Inde. Il y a plus de vingt ans qu'Heymant, un citadin de Mumbai, a achete cette terre autrefois denudee aujourd'hui couverte d'arbres fruitiers. Dans quelques jours on attend un raz de maree: trois-quatre cent personnes qui vont arriver de toute l'Inde pour se rencontrer, partger, explorer des voies alternatives au modele dominant, notament sous l'angle de l'education. Pour l'instant nous arrosons les bananiers, les citroniers et les ananas. Au plus chaud de la journee le thermometre atteind les 37 C, c'est seulement la fin de l'hiver ici. Progressivement la temperature va monter jusqu'a la periode de la mousson en juin. Cela nous parait difficile d'imaginer vivre dans de telles conditions. De l'eau en abondance, c'est ce qui maintient ce havre de verdure. Heymant dispose d'une pompe puissante qui vient puiser dans une retenue d'eau sur la riviere avoisinante. Mais si tous les shadocks se mettent a pomper?
   J'ai du mal a comprendre l'organisation ici mais le soir je sors la flute que j'ai trouve a Delhi et je joue... et en meme temps que je joue, ne sachant pas jouer, je decouvre la musique qui nous traverse, moi et l'instrument. Beaucoup de gens me disent: "Oh cette musique, la flute... c'est si beau!" Moi aussi quand j'ai entendu le son de la flute il y a quelques mois  de cela a l'atelier de communication non-violente, j'ai laisse ce que je faisait pour me diriger vers la source de cette musique. J'ai rencontre Bharat avec entre ces doigts, contre ces levres, une longue flute de bambou au son chaud et subtil.
   Trois jours avant la rencontre, une bonne dizaine de jeunes, des benevoles sont arrives pour mettre en place la logostique de la rencontre. Je decouvre des freres et des soeurs qui s'engagent pour un autre monde que celui qui s'impose et domine sur toute autre forme de societe. Certains ont laisse leur emploi aux USA et la vie de luxe qui va avec, la plupart trouveraient facilement un emploi bien paye dans une compagnie quelconque. Ils ont choisi de donner leur temps, leur energie, leurs savoir-faire, leur savoir-vivre pour ouvrir, experimenter, reinventer de nouvelles voies dans un monde qui a vendu l'ame.
   Le jour venu, nous sommes plus de trois cent a participer a la "non-conference". Pourquoi "non-"? Parce qu'ici un espace de rencontres est ouvert et personne ne sait ce qui va apparaitre. Cela ouvre en moi un espace d'accueil de ce qui est et je m'emerveille de ce que tout arrive a point nomme. Je me prends a "jouer" comme un enfant avec la nourriture: avec ma cuillere, puis avec mes doigts (voila que je franchi bien des interdits) je forme avec la riz dans mon assiette un beau monticule sur lequel je place une etoile a cinq branches (une tranche de carambole). C'est beau et appetissant, et ce petit acte de liberte et de creativite me rejoui le coeur. Ma voisine aussi trouve ca beau... Bien sur ce n'es pas "efficace". Je n'ais pas absorbe vite fait bien fait la dose de nourriture qui va m'apporter la quantite de nutriments necessaires pour subvenir aux besoins phisiologiques de mon organisme etc... J'ai pris la liberte de vivre cet instant relie a mon etre interieur, mon etre interieur, qui n'es pas comme un adulte bien eleve capable de se conformer aux usages que la bienseance reclame, mais plutot comme un enfant: sensible, creatif, emerveille... J'admire cette oeuvre puis je me met a la deguster a poetite cuilleree ("poetite": quelle belle faute de frappe!) . Arrive a la moitie... l'etoile tombe du dessus, et je la mange, sans trop me rendre compte que je la mange, pensif que je suis au sujet de "tout est pour le mieux". L'ayant ainsi mange, sans savoir, j'ai un instant de regret, puis je me dis "c'est pas grave, tout va bien", et tandis que je me remet a manger, voila qu'une etoile, la soeur jumelle de celle diparue, surgit du coeur du monticule de riz! Emerveille, amuse et reconnaissant, je la depose sur ce qui reste du dome et continue a savourer ce repas magique.
   Nous sommes le six mars maintenant et nous avons quite la ferme. A bord d'un moto-rickshaw (un triporteur avec habitacle) nous traversons pour la derniere fois la campagne indienne. Je suis triste de quiter cette campagne desechee ou j'ai rencontre tants de regards, de visages, de sourires, d'humanite, de simplicite... J'ai des larmes qui me viennent: c'est de la douce tristesse d'amour, comme lorsque l'on quitte un etre cher. Avec l'air chaud qui s'engouffre dans le rickshaw, j'ai l'impression d'etre devant un immense seche cheveux. Mes larmes n'ont pas le temps de couler que le vent les a deja emporte.
   ADieu Inde bien aimee...

mercredi 15 février 2012

Peregrination preparatoire

   C'est lorsque nous sommes arrives en Inde que nous avons compris que la campagne d'un an, preparatoire a la marche des 100 000 d'octobre 2012, ne se fait pas a pied mais en voiture. C'est un petit groupe d'une vingtaine de personnes, dont Rajagopal biensur, qui a entrepris de silloner pendant toute une annee l'ensemble de l'Inde. C'est que le pays est immense et le sens de cette entreprise est d'aller a la rencontre des communautes d'indigenes, de paysans, sans terre ou sans logis ou menaces de le devenir, dans la jungle, la campagne et aussi en ville, pour les ecouter, pour les rejoindre, et pour les inviter a s'unir en participant a la formidable marche des 100 000, qui vont marcher pendant un mois de Gwalior a Delhi pourdemander au gouvernement de respecter effectivement leurs droits de vivre simplement en preservant les ressources vitales naturelles: la terre, l'eau, la foret... la communaute...

   De prime abord j'ai ete un peu decu en realisant que mon idee de marcher en Inde prenait du plomb dans l'aile. Ce reve de marcher au fil des jours, pas a pas, entre ciel et Terre, le coeur ouvert l'inconnu, a la rencontre, de marcher et de se relier pour reprendre ensemble le chemin de la Vie, c'est peut-etre, je l'espere, en France qu'il va devenir realite.
   Alors la premiere fois que nous avons rencontre la "yatra" (pelerinage en hindi), c'etait a Pondichery au Sud-Est de l'Inde. J'etais malade, impossible de faire route avec eux. La deuxieme fois c'etait a Bengalore, mais toujours un peu fragile, du ventre certes, mais aussi psychologiquement je crois. Peut-etre la peur au ventre. Peur de quoi? Je ne sais. Peut-etre peur de ne pas etre pret. Comme s'il me fallait encore du temps pour que mon esprit s'ouvre a cet univers indien pour moi assez deconcertant, pour que mon coeur s'ouvre et puisse sentir, etre touche, ressentir cet elan du coeur qui rayonne de Rajaji (surnom de Rajagopal) et des autres compagnons de route. La troisime fois, trois mois apres la premiere, Ah toujours ce noeuds dans les trippes! mais cette fois mon desir est si fort que j'embarque en esperant que ca tienne, en implorant que ca tienne. Et ca a tenu... Dieu merci.

   Nous convoyons sur une mince bande de terre qui s'avance dans le lac Chilika. Ce lac est une merveille de la Nature (certes comme toute la Nature mais ici c'est remarquablement miraculeux): Cette lagune immense ou vienne se jetter une multitude de rivieres, dont une des plus importante de l'inde, est separee de l'ocean par un fin cordon de sable. Seule une "bouche" permet a l'eau douce de rejoindre la vaste mer et a l'eau de mer, peuplee d'habitants (poissons, planctons et crustaces), de rentrer. C'est par cette bouche naturelle que la lagune trouve sa respiration. Mais voila, l'homme (probablement plus que la femme), dans la faiblesse de son orgueil de vouloir controler, intervenir, violer la Nature pour en tirer un profit derisoire, il a decide de barrer la route a la riviere, d'en controler le flux par des barrages, et la lagune se meurt d'une eau croupissante qui n'a plus la vitalite des crues pour se renouveler. Alors, l'homme a decider de briser ce mince cordon de sable en son milieu pour ouvrir une nouvelle bouche, plus large, plus profonde, plus pratique, et surtout permettant a plus d'eau de mer de rentrer ce qui favorise les condition de production de crevette, la nouvelle industrie lucrative qui se developpe ici avec l'aide des japonais. C'est une cATASTROPHE ecologique (les majuscules sont ici par accident) et c'est une catastrophe humaine. Ceux qui ont des capitaux investissent pour profiter de cette nouvelle manne. Les communautes de pecheurs qui vivent ici en harmonie avec la Nature depuis des siecles et n'ont d'autre moyen de subsistance voient leur espace de peche se reduire tandis que les fermes de crevette se multiplient. Les lois s'accordent avec le profit, et plus encore, la mafia qui s'installe se rit des lois.

   Mon regard vagabonde sur l'etendue d'eau calme tandis que le soleil du soir donne ses derniers rayons. Assis sur mon siege a l'arrire de la camionette, je goute l'athmosphere sereine, genereuse, touchante avec la presence de Rajagopal.
   Il fait deja nuit lorsque nous arrivons au village. C'est une foule en liesse qui nous accueille avec des you-yous, des colliers de fleurs et des tambours. les yeux petillent et les sourirent illuminent les visages. Les hommes, les femmes, les enfants nous entourent et nous enmene en procession dans les rues du village. La joie est la chez ces pecheurs du bout du monde qui n'ont plus le droit de pecher. La joie et le malheur aussi. Tous nous nous regroupons et nous asseyons sous un dais colore. Les femmes devant, avec leurs saris colores, les hommes derriere, les enfants un peu partout. Des slogans qui parle de victoire sont repris par la foule. La troupe des chanteurs-chanteuses comediens-comediennes qui accompagne la yatra offre quelques chansons puis joue une piece de theatre: C'est l'histoire de pecheurs. Sous la pression de potentats locaux en collusion avec la police il sont chasses de leur village...
Cette piece met en scene la realite poignante de cette communaute ecrasee par un monde en developpement. Pousses a l'errance, il perdent le peu qu'il leur restait d'une vie simple et belle, d'une vie ensemble et digne. Et quel autre avenir que la decheance d'aller rejoindre la megalopole tentaculaire et se vendre a n'importe qui, a n'importe quoi, pour survivre aujourd'hui... survivre jusqu'a demain... peut-etre?
   Alors que j'ecris ses mots, je suis a Delhi assis dans un canape blanc. Devant moi un the au lait dans une tasse de porcelaine bordee d'un liseret dore. J'ai des milliers de roupies dans ma poche et une carte de credit. J'ai acces a tous le confort de la vie moderne, insipide bien que trepidante, ou mon ame somnole, aveugle et sourde. A deux pas d'ici, derriere des baches tendues au bord d'un trou, plusieurs familles survivent la. D'ou viennent-ils? Ou vont-ils?
Le raisonnement ne suffit pas pour retourner a la Vie. La force de l'addiction nous tient prisoniers de l'artificiel. C'est par le coeur que nous sommes touches. C'est par un retour au coeur, a ce qui nourrit notre humanite profonde. Reconnecter avec le bonnheur simple de sentir le merveilleux de la Vie, retrouver notre nature, celle qui nous a ete donnee.
   La piece s'acheve tandis qu'un des personnage reste debout, declare qu'il va lutter. Les pecheurs, les hommes et surtout les femmes de ce village, ont participe en 2007 a la grande marche des 25000 qui ont marche, parfois pieds nuds pendant un moi de Gwalior a Delhi. Contrairement a d'autres, leurs conditions de vie ne se sont pas ameliorees: ils n'ont plus le droit de pecher, toutes les terres autour de leurs maisons sont aux mains de proprietaires exterieurs au village, et le probleme se pose de savoir ou aller au toilette. Il y a aussi la difficulte de s'approvisioner en eau potable... Et pourtant la joie est la, au dela du malheur. Ces hommes et femmes ecrases trouvent encore la force de se lever, de marcher, de danser. En se joignant a eux, en les ecoutant, en les aimant, Rajagopal contribue a restaurer notre humanite meurtrie, redonne aux demunis la dignite et le pouvoir d'etre humain.

jeudi 12 janvier 2012

Lettre ecrite par kate mise en ligne par sebastien

   La periode de Noel fut pleine de riches experiences pour nous. Nous avons pris conge de l'ecole pendant trois semaines dans l'espoir de rencontrer des peuples tribaux dans les montagnes Niamgiri. Nous nous sommes retrouves encore une fois au bord d'un gros village/petite ville dans un batiment en beton tout neuf - qui est le bureau d'une ONG travaillant pour le 'developpement' de la population (groupes d'entraides connectes a la micro-finance; education/hygiene) Providentiellement, notre premier jour en ville nous avons rencontre un jeune homme d'un tout petit village, Thomas - Kuna Hial, chretien fervent qui a bien appris l'anglais et qui a accepte d'etre notre traducteur et guide pendant notre sejour - aussi il avait tres envie que nous visitions son village et d'autres villages ou il y a des chretiens. Les premiers jours dans cette region sebastien est tombe malade et notre visite aux peuples tribaux a ete retardee. Enfin nous nous sommes mis en route avec Thomas et avons marche environ 2 h a travers la jungle et, en grimpant la montagne, nous avons rencontre un couple qui revenait au village apres etre alle au marche qui nous ont aide a trouve le chemin.
   Les gens du village craignaient que nous soyons connectes a Vedanta Aluminium, la boite multinationnale qui menace leur vie en tant qu'habitants de la foret. Ils nous ont propose de rester une nuit et qu'ils se reuniraient le matin pour regarder notre demande.
   Alors que nous preparions un feu de camp pour passer la nuit (a quelques 100 m du village) des guerilleros sont arrives disant que nous devions partir, qu'ils defendaient le peuple et la montagne de la menace Vedanta et qu'ils n'etaient pas rassure pensant que nous pourions venir de la dite multinationnale (notre credibilite ne fut pas aidee comte tenu que l'ONG qui nous hebergeait distribue dans les villages locaux les farines nutritionnelles de Vedanta).
   Au final, et apres l'intervention d'une ou deux des femmes du village, il nous fut accorde de rester jusqu'au matin, dans le village meme. Ensemble nous avons grimpe les 100 m : gens du village en avant et guerilleros derriere. Je me sentait heureuse de ne pas avoir simplement concede aux menaces de violence, et en meme temps chagrinee d'avoir encore amene une perturbation dans la vie de ce village. Heureuse d'etre avec eux dans leur village, de sentir un peu leur qualite de vie, et regrettant que la presence des guerilleros empeche grandement la communication directe avec les villageois. Pour Thomas, qui craignait pour nos vies a tous les trois, l'experience fut tres eprouvante (il a a peine vingt ans), aussi ce fut une opportunite profonde pour partager entre nous 3 le sens de vivre a partir de la foi.
   Quelle joie pour Thomas quand nous sommes revenus a la plaine et avons ete chaleureusement recus dans un petit village au pied de la montagne (ou environ la moitie sont chretiens) - debut d'une periode inattendue de deux semaines de visites, prieres, partages, chants, demandes de guerison, dans de nombreux villages de la plaine alentour (ici c'est les plus pauvres qui tendent vers le christianisme).  Pendant ce temps nous etions installe chez les parents de Thomas dans leur petite maison a deux pieces et leur village a huit familles. En 2008 lors d'agressions contre chretiens, la moitie (chretienne) de ce village fut detruite - ensemble ils ont reconstruit. Dans de telles circonstances le defi de l'Evangile de vivre non pas dans la crainte des hommes mais d'etre pret a tout donner pour l'Amour m'apparait de facon plus vivante que jamais.
                                    De tout coeur
                                                     kate

Au nom du developpement

Muniguda est une petite bourgade situee en pays majoritairement tribal, une region ou de magestueuses montagnes s’elevent avec la pleine a leur pied. Ici, au ‘sommet des montagnes’, vivent les Dongaryas, consideres comme tribu primitive, avec leur propre langage, culture, mode de vie... Nous sommes venus ici avec l’intention de rencontrer les populations tribales car nous croyons qu’ils ont beaucoup a nous apprendre dans notre recherche d’une vie plus simple, plus en harmonie les uns avec les autres et avec l’ensemble du vivant.
Aussi , aujourd’hui, nous sommes alle visiter un premier village dans la pleine au pied de la montagne, pas tres loin de la ville.  Nous sommes accompagnes par Thomas, un jeune chretien que nous avons rencontre ‘par hazard’ et qui parle anglais, Kamulu, son acolyte qui conduit la moto, et Prahalan, un employe de la NGO Sardha qui nous accueille dans ses locaux. C’est village ou Prahalan travaille, il nous presente brievement quelques habitants tandis que nous deambulons dans le village. Je suis surpris de voir tous les toits en tole ondulee plutot qu’en chaume. J’apprends quelles sont fournies par le gouvernement. Le gouvernement fournit aussi gratuitement les televiseurs, l’acces au reseau electrique, la route, l’ecole...
Nous sortons du village en pregnant un chemin qui se faufile entre arbres et buissons tout en jouant a cache cache avec une petite riviere: la nature est tres presente, le calme et la beaute du paysage sont pour moi une bouffee d’air car en general, je souffre du bruit, notament les klaxons intempestifs, et de la pollution, la plus visible etant celle des plastiques, je souffre de ne plus arriver a entendre le chant de la Vie.
Arrives dans une mangueraie, une conversation s’engage avec Prahalan au sujet de son travail ici. Il nous parle de la necessite de developpement et d’education.  Peu a peu nous comprenons que l’intention, celle de Prahalan qui est lui meme d’origine tribal, celle de l’association Sardha pour qui il travaille, celle du gouvernement qui assiste et subventionne, est d’assimiler les populations tribales dans la civilisation du developpement industriel et ca nous fait mal. Finalement nous allons visiter l’ecole toute recente. L’instituteur nous accueille avec joie et nous sentons son enthousiasme. Il nous fait visiter les locaux, nous rencontrons les eleves, pour la plupart il vienne de village plus recules et sont ici en pension. Me reviens l’histoire de mon pere et de sa souffrance d’etre place en pension loin de la famille des l’age de huit ans et mon coeur se serre de voir tous ces enfants regroupes entre ces murs, leur vie comme en suspend, en transit vers un monde sans ame.

Sardha, la NGO qui nous accueille oeuvre aupres des populations ‘defavorises’, autrement dit en marge du systeme. Ses travailleurs sociaux  ont pour mission de sensibiliser la population au normes d’hygiene et a l’utilisation de la medicine allopathique avec notament la distribution de sirop, de promouvoir la constitution de groupes d’entraide autour d’une activite economique locale, de verifier que l’aide gouvernementale arrive bien aux interresses et ne reste pas aux mains des intermediaires qui s’y interesse , bref de favoriser l’insertion.  Encore une facon de leur venir en aide est de leur distribuer de la nourriture. Il s’agit d’une sorte de farine mixte constituee d’un mélange de cereale, legumineuse et noix broyees. En regardant sur le paquet, nous lisons la marquee VEDANTA FOUNDATION. Ici le nom “Vedanta” est connu comme le nom de la multinationnale qui a commence il y a quelques annees a exploiter le sous-sol de la montagne Nyomgiri pour en extraire la bauxite qui, une fois raffinee fourni un aluminium de haute qualite utilisable pour la fabrication d’avions et de missiles. Cette enterprise, dont l’activite est actuellement en suspend, a déjà cause d’enormes degats et menace la vie des Dongaryas qui vivent en symbiose avec la montagne, cette montagne  qu’il reconnaissent sacree (oui, il ont encore cette connaissance vecue que toute la nature est sacree, connaissance que nous avons oubliee pour le profit). Nous nous interrogeons sur un lien eventuel entre la farine distribuee, Vedanta Foundation, Vedanta Aluminium, l’exploitation de la montagne? Nous interrogeons Sukant, le secretaire de Sardha: il nous dit que s’est une oeuvre charitative qui n’a rien a voir avec Vedanta aluminium. En cherchant sur internet, nous decouvrons vite le Poteau rose: le president de Vedanta Foundation est aussi un administrateur de Vedanta Aluminium et Vedanta foundation est presentee comme etant “le bras philanthropique de Vedanta Aluminium”! “le bras Philanthropique”, cela en dit long sur l’intention cache de cette oeuvre qui promeu le developpement. Et si la population accepte, bon gre mal gre, le developpement alors tous le monde aura sa part du gateau, les plus gros la plus grosse et les plus petit les plus petit bouts (sauf ceux qui reussissent qui pourons avoir un plus gros bout).

Rajagopal, dans la derniere News Letter d’Ekta Parishad, souligne combien le mot “developpement” est aujourd’hui en Inde comme un mantra. Effectivement, les personnes que nous avons rencontre dans les different villages que nous avons visite ou bien dans celui ou nous avons sejourne voient le developpement et en particulier “l’education” comme la seule porte de sortie de cette situation dans laquelle ils sont: broyes.


Un messie du nom de developpement

Tous les yeux (ou presque) sont tournes vers lui. Tous (ou presque) attendant de lui leur nourriture. Il est l’espoir de tout un peuple. Du plus riche aux plus pauvres, tous (ou presque) sont happes dans ce gigantesque raz de maree qui promet prosperite et bonheur a ceux qui reussissent, ceux qui gagnent, et le mirage d'une porte de sortie a ceux qui sont perdants, qui portent le poids des autres. Aujourd'hui cette corne d'abondance du developpement retenti de par le monde et sa chanson a seduit les peuples de la Terre. Certes cette chanson n'est pas nouvelle, nous la chantons depuis la nuit des temps, depuis que nous avons commence a prendre, et aprendre a prendre, et vraissemblablement nous la chanterons jusqu'a la fin des temps. Et meme si aujourd'hui cette fin se fait sentir, nous n'avons pas d'autre recours que de chanter plus fort, en esperant chanter ainsi le plus longtemps possible, en esperant un developpement durable. Qui saurait renoncer au benefice de l'iniquite tapis dans l'ombre de notre inconscience volontaire? Qui saurait risquer sa vie pour sortir de ce jeu de pouvoir ou celui qui domine a l'avantage d'etre moins domine?
Nous pillons la Terre, nous massacrons le vivant, nous nous consumons dans ce feu d'artifice. le developpement finira laissant la Terre exangue, alors peut-etre entendrons-nous de sous les cendres le chant de la Vie.

mardi 10 janvier 2012

janvier 2012 message de kate

Chers amis
 
Debut decembre j'ai communique longuement sur le blog en anglais... a present je desire vous faire part de mon intention de reduire mon utilisation de l'informatique au minimum necessaire pour tenir mes engagements avec Ekta Parishad, FWCC et CNVC:
 
Depuis quelque temps je m'inquiete d'une dependence croissante sur l'informatique.  Ma conscience du cout important de cette technologie (en termes de relations humaines, d'environment naturel et de vie de l'ame) ne cesse de grandir a travers mes experiences ici.
 
En utilisant les cafes internet je suis confrontee a mon implication dans un marche qui promeut et se nourrit des instincts de violence, d'avidite, et de desir de puissance/domination (dans ces cafes l'utilisation majeur est pour des jeux-videos). 
Voyant que le modele courrant du 'developpement/progres' nous encourage a relativiser, voire ignorer, le cout pour la Terre (forages/mines et consommation d'energie/pollution) et pour ses populations (exploitees dans les forages/mines et dans la production/le recyclage du materiel) je sens qu'il serait guere mieux d'obtenir notre propre ordinateur...
 
A present ici, comme en Turquie, gouvernement et industrie font tout pour promouvoir l'utilisation des telephones portables et de la television.  L'utilisation des ordinateurs est encore tres marginale - ainsi je sens qu'en succombant a notre dependance sur ce moyen dans le monde 'deja sur-developpe' je me situe bel et bien dans la faille Nord/Sud et que je nourris la fausse notion que les artifices de l'homme peuvent nous donne securite et liberte.
 
Dans nos activites ici je constate presque tout les jours combien peu efficace sont les paroles non reliees a des experiences bien enracinees.
 
J'espere que la vie me donnera l'occasion de partager de vive voix a notre retour.  A partir du mois de mai je serai heureuse de recevoir vos courriers, ou encore mieux vos visites au
Petit Moulin en Gueveneux
56 220 Saint Jacut-les-Pins 
 
en toute amitie
kate

jeudi 8 décembre 2011

Scolarisation

   Lors de notre sejour a Auroville j'ai trouve un livre qui parlait de "desapprendre". J'ai lu un peu de ce livre, en travers, sans vraiment m'y interesser. Aujourd'hui je suis dans une ecole, une ecole toute neuve. Je suis immerge dans la scolarisation, l'enseignement.
Oh je suis un peu comme obelix, tombe tout petit dans le chaudron, avec mes deux parents a l'Education Nationale, mon pere prof d'education physique et ma mere au secretariat du college de la petite ville de la banlieu parisienne ou nous habitions. J'ai baigne dans cette ambiance ou l'ecole est le chemin tout trace de la realisation personnelle et de la reussite sociale. Je n'etais pas un eleve particulierement brillant, ni meme un "bon eleve", bonnant malant je me suis conforme, je me suis coule, fondu dans le cours de la normalite. Pourtant un jour j'ai dit a mes parents "je veux etre berger". J'ai toujours eu le gout d'etre dehors, dans la nature et a l'idee de travailler plus tard tout ce qui me venait s'etait la possibilite d'etre dehors. J'ai recu ce conseil paternel: "passe d'abord ton bac et tu pourras toujours choisir ensuite". J'ai continue... avec l'idee d'etre ingenieur des Eaux et Forets. Voila un metier formidable: avec "ingenieur" j'ai la reussite sociale et la 'valorisation' de mes capacites, (la preuve que je ne suis pas un imbecile (selon ces criteres) donc digne de reconnaissance; avec "Eaux et Forets" j'ai la nature. Je ne savais pas alors que les ingenieurs, meme des Eaux et forets, travaillent essentiellement dans un bureau. Ceci dit je me suis vite rendu compte que pour reussir le concours, jallais devoir aller de la classe a mon bureau en passant par le metro, sacrifier deux, meme plutot trois ans de ma vie en classe prepa, a ne faire qu'etudier, ingurgiter une quantite phenomenale de savoir. J'etais loin d'etre assez travailleur et motive, d'autant plus que je decouvrais alors les sports de pleine nature, le canoe-kayak, l'escalade, le velo tout terrain... Je me suis dit:"si aujourd'hui je sacrifie ma vie, ce que j'aime, dans le but de "reussir", qui me dit que demain je ne vais pas continuer. Certes on peut penser: "mais deux annees ce n'est rien, c'est toute ta vie ensuite que tu pourra en beneficier!" Si je peux passer trois ans dans la boite, je suis bon pour la suite, j'aurais peut-etre pas le concours des Eaux et Forets, mais probablement acces a une autre ecole plus abordable, puis avec le diplome en poche probablement je trouverais un emploi, plutot bien paye, dans une boite d'agro-alimentaire ou de biotechnologie pour fabriquer un nouveau produit de desherbage ultra performant. J'aurais alors reussi a faire mon trou, plutot bien loti, avec acces a tout un tas de petites recompenses: maison individuelle (eventuellement avec piscine) dans un environnement pas trop degrade, 4x4, mariage au chateau avec traiteurs, toutes sortes de gadget de la technologie moderne, de habits de marque, une nourriture saine, la possibilite d'aller au restaurant, au theatre, de faire de beaux voyages... et de donner a mes enfants tous les moyens de reussir...
J'ai arrete... a la grande deception de mes parents.
J'ai vaguement essaye de poursuivre a la fac en sciences de la vie mais je n'ais pas trouve la vie que j'aime. Je me suis tourne vers l'animation sportive mais j'ai vite fait l'experience que je n'avais pas de sens dans ma vie et que je ne savais pas etre heureux. J'avais rompu le contrat social et il ne me restait plus que mon bon sens pour trouver ma voie. mais durant toutes ces annees d'ecole, de college, de lycee, de classe prepa, il n'a jamais ete question du sens de ma vie? Apres toutes ces annees a apprendre tout sur tout le monde, je ne sais pas qui je suis! Je ne parle pas de recevoir une education religieuse ou de quelque autre systeme de valeurs qui me serait impose du dehors qui m'aurait manque, mais de cet espace pour decouvrir la vie en moi, reconnaitre ce que je sens, ressens, ce qui me parle au fond de moi-meme. Je fait alors la douloureuse experience de mon vide interieur, de la vie qui n'a pas grandie, qui n'a pas fleurie, qui n'a pas murie en moi. Et je suis comme un etre mort, malheureux.
C'est en Afrique, a Zanzibar, que j'ai retrouve le fil de mon enfance et le bonheur d'etre vivant . C'est au village, entre mer et brousse, sans electricite, sans voiture, sans eau courante, avec ses chemins de sable et ses huttes de chaume, avec les villageois au coeur simple et les enfants rieurs que j'ai retrouve l'enfant que j'avais perdu. Je me suis reveille a la splendeur de la nature, J'ai eprouve pour la premiere fois cette experience de me sentir vivant, de me sentir etre, present, goutant cette grande vie merveilleuse ou la mer, dansante de couleurs, epoustouflante de beaute, est aussi ma mere et je les remercie toutes deux, jai retrouve mon innocence et un sens de fraternite humaine, s'ai senti au fond de moi le desir, l'evidence d'une vie simple et fraternelle. C'est a l'ecole de la vie que j'ai senti cet appel a vivre ce que je porte dans mon coeur.
Cependant, j'ai senti que j'avais besoin de temps. J'ai pense que j'avais besoin de me preparer pour commencer cette nouvelle vie, mettre de l'argent de cote et chercher un endroit ou m'installer, acheter, un terrain, acheter des animaux, acheter des outils... tout ce que j'aurais besoin pour entreprendre cette nouvelle vie. J'ai aussi senti combien il etait vital pour moi de ne pas oublier. Je me souviens d'ecrire dans mon cahier de notes: "ne perds pas ton soleil !" Quoi de plus terrible que de revenir en France et reprendre la routine, oublier cette flamme de vie au dedans de moi. Aussi j'ai promis... a la Vie, a Dieu, sans d'ailleurs la/le nommer, ni meme la/le concevoir, mais en moi-meme. Je devais retourner en France pour le service nationnal mais j'ai promis, j'ai promis de commencer un jour, et pour de bon, une nouvelle vie, simple fraternelle, selon ce qui me tient profondemment a coeur. Aussi, cette promesse je l'ai recue gravee dans ma chair en me faisant circoncire, sans connaitre l'islam autrement que dans l'experience de la vie quotidienne partagee, j'ai senti qu'elle me donnerait des reperes pour avancer sur mon propre chemin.

Une fois revenu en France, apres m'etre fait reforme au bout de 9 mois de service nationnal en tant qu'objecteur de conscience au Ministere de l'environnement (toujours cette idee tenace d'allier une sorte de prestige et la Nature), j'ai repris les etudes, mais pour le plaisir cette fois. J'avais reussi le concours de facteur, j'ai pense que j'aurais du temps l'apres-midi et je me suis inscrit aux Langues'O pour des etudes de langue et civilisation swahilie. C'est ainsi que j'ai digere, muri ce que j'avais recu en Afrique. Ces etudes ont aussi ete pour moi un temps ou satisfaire ma recherche intellectuelle. J'ai cherche des reponses a mes questionnements: des religions? des textes sacres? Des interpretations? Et qu'en est-il de Jesus que le Coran mentionne comme "le Messie"? Ceci tout en decouvrant la priere, une communaute de foi, le jeune et le partage, le pelerinage a la Mecque, ceci tout en re-orientant ma vie: retrouver le lien avec mes parents, apprendre a reconnaitre, choisir, preserver la vie dans les petits riens du quotidien.
J'ai bien failli reprendre les orinieres passees en revant de devenir chercheur, universitaire, encore "reussir", "etre reconnu", mais ma promesse, mon desir de m'engager en prenant directement part a la vie m'ont preserve de devenir un "notable observateur du vivant". Ma soif d'absolu m'a aussi conduit a m'interresser au soufisme et au temoignage de Jesus. Et au bout des pages, au bout des livres, j'ai senti qu'il etait tant pour moi de laisser la recherche intellectuelle, de laisser la vie etudiante et la ville, de meme laisser mon attachement a mon projet, et de redistribuer l'argent mis de cote, pour enfin plonger dans cette nouvelle vie avec pour seule assurance celle de faire pleinement confiance a la Vie.
Cette vie toute fraiche a commencee dans la nature sauvage des gorges du Tarn, sur les chemins escarpees et les beaumes etoilees. Peu a peu, sans le savoir, sortir de mes habitudes, de mes dependances insoupconnees de la vie moderne, et retrouver la splendeur de la nature, depasser la peur de la nuit, depasser la peur du sauvage, passer de la maison a la grotte, du robinet a la source, regarder les flammes du feu danser dans la nuit vaste et douce...
J'ai vecu alors Noel pour la premiere fois, pas de cadeau, pas de repas, un Noel ou, musulman disciple de Jesus le juif, je fait voeux de me vouer au divin avec pour congregation l'Univers.
Et la Vie, sans que je le sache, sans que je le cherche, m'a conduiut a l'Arche, cette ecole de la vie par la vie ou j'ai decouvert le jardinage, le bucheronage, la ferme, la fromagerie, la menuiserie... et la vie en communaute, la rencontre, le partage, la danse, la fete et le travail sur soi, une forme de vie simple ensemble et l'engagement par la non-violence, force de vie de verite et d'amour.

L'ecole qui nous accueille est une ecole de campagne. Elle est a la sortie de la petite bourgade de Banpur (Odisha) entouree de champs de riz, avec une multitude de petits villages discemines aux alentours. C'est une ecole differentes des autres du voisinage car elle a pour ambition d'inculquer aux enfants une education gandhienne. Ainsi, les quelques 75 enfants de 3 a 6 ans (4 classes) n'apprennent pas seulement a lire et a ecrire, compter, mais aussi decouvrent le yoga, la priere, la musique, la danse, le dessin, la couture... Il y a aussi ici une volonte de garder le lien avec les traditions et la culture locale aussi l'ecole fait appel a des villageois afin de transmettre leur savoir en formant les enseignantes (par exemple la culture des champignons dans les champs de riz). L'idee c'est qu'a l'avenir, cette ecole qui n'a que deux ans d'age, soit en mesure de dispenser aux eleves un enseignement pratique (culture de vermicompost, couture, horlogerie, reparation de cycles, menuiserie, etc...) qui permette aux jeunes, apres 10 annees de scolarite, de generer leur propre activite, leur propre emploi, et puissent rester au village. La volonte est aussi de developper un lien d'amour entre tous. L'equipe enseignante cherche a connaitre les enfants et les familles, a comprendre et a accompagner les familles qui, parait-il, sont souvent en proie a de grosse difficultes (absence du pere parti a l'etranger, alcoolisme, violence, misere...). Aussi nous pouvons sentir l'engagement et la motivation du noyau de l'equipe.
Alors nous habitons dans cette ecole. Nous disposons d'une piece avec au bout d'un des deux batiments qui se font face avec au milieu une cour (qui n'est pas vraiment une cour de recreation car il n'y a pas de recreation ici) le tout bien carre et bien cimente. A 7h du matin les enfants arrivent en uniforme style britanique avec cravate, apparament plutot content. Ils se mettent en file indienne, suivant quatre rangs correspondants aux quatre niveaux. La distance que les eleves doivent maintenir entre eux sur une meme ligne est donnee par la longueur du bras tendu en avant le temps de la mesure. Le silence est de rigueur et les grondements de voix et les gestes parfois ferme des enseignants, voire l'usage de la baguette, sont la pour contenir toute velleite de sortir du rang. Apres un petit exercice de "garde a vous" simplifie, il y a la recitation les yeux fermes de quelques prieres, le serment fait a la nation indienne, puis quelques slogans entonnes spontanement par des enfants sont repris par le groupe. Viennent ensuite quelques breves piochees dans le journal du jour et enfin, le tout se termine par une histoire mettant en valeur les qualites morale, laquelle histoire est ponctuee d'un "ca vous a plu!?" qui recoit un "oui!" massif.
Ca c'est le debut de la journee, ensuite les enfants rejoignent leur classe, a la queue-leu-leu et en silence! Et en meme temps la voix des enseignantes, Namita, Oppona, Progyein, Jochna, Rojalin, Samitri, Sunita et du directeur Manooj est emprunte de douceur et de bon coeur. On m'avait bien dit que l'Inde est un pays riche de contrastes!
Nous sommes ici accueillis les bras ouverts avec beaucoup de soins: on mous montre, on nous explique, on nous demande nos impressions, on nous invite a participer, nous avons carte blanche pour proposer de nouvelles experiences, nous sommes d'emblee inclus sans reserve et avec beaucoup d'enthousiasme dans la vie de l'ecole.
Aussi, un jour, suivant notre proposition, nous convenons de nous reunir le lendemain en apportant trois choses a partager: ce que j'aime dans cette ecole, ce qui est pour moi un defi, et ce que j'aimerais approfondir ou developper. Le lendemain nous nous reunissons apres la classe a 11h, tout le monde est la mais Manooj nous dit que les enseignantes (qui parlent peu anglais, sauf une) sont fatigues, qu'elles ont faim, et qu'on a besoin de plus de temps alors la reunion est remise au dimanche matin. Je suis un peu decu et en meme temps je devine que ce genre de question, qui a moi me paraissent simples, ne sont peut-etre pas si evidente. J'ai l'impression, ici peut etre encore moins qu'en France, que ce n'est pas habituel d'exprimer ouvertement ce que l'on pense et a fortiori ce que l'on sent en soi, au risque de contredire, froisser, heurter l'autre, surtout s'il est percu comme en position de superiorite. Le dimanche, nous mettons de cote les pupitres qui formaient une demarcation destinee a honorer le directeur et les "invites" et nous nous asseyons en cercle avec une noix de coco comme baton de parole (le sol est dur. Je n'ai pas encore vu de fakir sur une planche a clou mais ici tout le monde semble a l'aise assis en tailleur a meme le sol, eventuellement avec un pied ou l'autre sur une cuisse) . Au debut la parole n'est pas tres fluide et seulement le "positif" est evoque, apres que kate et moi avons partage, notament sur ce qui nous travaille, le partage s'anime et quelques questions surgissent et en particulier: "Comment faire face aux comportements difficiles des eleves? avec sous ententdu dans le contexte "autrement que par la contrainte". C'est une question qui me semble essentielle qui entend suivre le chemin de Gandhi, pour qui la non-violence, autrement dit l'amour, est la voie de la vie, question tout aussi essentielle dans une ecole chretienne, ou encore republicaine qui chercherait a vivre les valeurs de liberte, egalite et fraternite. Quelques jours apres cette reunion Manooj nous demande: "alors quand est-ce que vous nous donnez la reponse aux questions?" Avec Kate nous croyons que la reponse est la en chacun de nous, qu'elle est a sentir, reconnaitre, epanouir. Alors nous aimerions bien proposer un autre partage autour de cette question, mais en meme temps j'ai l'impression que notre facon de proceder, sans recevoir visiblement d'opposition, n'est pas confortable et peut etre pas desiree par tous. En fait nous ne savons pas vraiment et c'est assez inconfortable pour moi de vivre ce que je trouve flou, de mou, glissant, comme assez peu d'importance etait donne a la veracite de ce qui est dit. C'est peut-etre aussi cette disposition qui permet aux indiens en general de prendre de la distance par rapport aux regles. Peut-etre y a-t-il quelque chose pour moi a decouvrir la dedans? Toutefois cela n'est pas un empechement a ce que je prenne part a la vie de l'ecole, d'abord en observateur puis en proposant quelques temps d'activite avec les enfants. Mon desir est de vivre un temps de jeu avec eux, un temps ou mon enthousiasme et celui des enfants se melent, un temps ou il n'y a ni baguette ni grondement, un temps de joie ou les enfants peuvent laisser venir a la surface leur spontaneite et leurs eclats de rires. Alors nous courrons, nous sautons, d'un bout a l'autre de la classe qui devient terrain de jeu, a pied join, a cloche pied, en immitant des animaux... jaimerais bien aussi 'comme on veut' mais ils sont tellement peu habitue a ca, tellement habitues a reproduire et immiter, les enfants comme les enseignants, que c'est pas encore pour tout de suite. Nous laissons les chaussures noire a lacet et nous allons dehors pieds nuds sur la terre danser, respirer, et la joie est la. Ca me fait du bien de voir des enfants qui bougent, qui rient, qui se rejouissent de sentir la vie en eux, ensemble, et les enseignantes aussi qui se rejouissent. Kate me dit ce matin: "ils ont decide d'abandonner la baguette". Ce midi la reunion preparatoire a la renvontre avec les parents s'est faite en cercle sans pupitre. Mais ils ont reapparu lors de la reunion avec les parents. On nous a demande de nous assoir deriere, nous avons refuser, ils ont insiste, nous avons refuse, ils ont insiste: nous avons accepte un peu a contre coeur, mitiges entre notre sens de rester fidele a ce que nous sentons et ne pas heurter nos hotes. Les parents ont recu un flot de recommandations et il n'y a pas eu d'espace pour les ecouter, pour se sentir ensemble. Est-ce que la demarquation entre adultes et enfants va etre abolie? Estce que nous allons sortir de rapports de domination les uns sur les autres?
A l'occasion de notre sejour ici me vient cette question: qu'est-ce que l'education? S'agit-il d'apprendre a gagner sa vie et survivre tant bien que mal dans un monde en lutte pour ne pas mourrir ou reconnaitre que la vie nous est donnee, la decouvrir en nous et tout autour, s'emerveiller, remercier, vivre, me donner et etre un avec elle?
                                                                                               sebastien



Kate: Je suis en train d'ecrire un long texte sur le blog en anglais. bise a tous.